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Uruguay - Grupo H

🌟 La Celeste arrive au Mondial avec un carnet de route dur et une peau Ă©paisse

đŸ‡șđŸ‡ŸđŸŒŸ La Celeste arrive au Mondial avec un carnet de route dur et une peau Ă©paisse

Uruguay a gagné sa place sans bruit, mais avec une logique de fer: peu de buts concédés, des soirées de caractÚre et un groupe mondial qui se jouera sur les détails.

Introduction

Montevideo a parfois cette lumiĂšre qui fait croire que tout est simple: une pelouse large, l’air de l’Atlantique, et le Centenario qui raconte l’histoire avant mĂȘme le coup d’envoi. L’Uruguay, lui, n’a jamais promis le confort. Il propose autre chose: une sĂ©lection qui traverse les qualifications comme on traverse une route cabossĂ©e, en gardant le volant ferme, mĂȘme quand la voiture saute sur les nids-de-poule.

Le rĂ©cit des Eliminatoires a ressemblĂ© Ă  une alternance de coups de poing et de matchs verrouillĂ©s. De la musique forte au dĂ©but — des buts, des signatures, une sensation de montĂ©e en puissance — puis des minutes plus Ă©paisses, oĂč l’équipe a dĂ» apprendre Ă  vivre sans marquer autant, mais sans se renier. Dans cette bascule, on reconnaĂźt souvent les sĂ©lections qui deviennent sĂ©rieuses: celles qui savent gagner, et qui savent aussi ne pas perdre.

Au classement final CONMEBOL, l’Uruguay termine 4e avec 28 points en 18 matchs, Ă  Ă©galitĂ© de points avec la Colombie, le BrĂ©sil et le Paraguay, mais avec une diffĂ©rence de buts solide: +10 (22 marquĂ©s, 12 encaissĂ©s). C’est une carte de visite claire: la Celeste n’a pas Ă©tĂ© l’équipe la plus flamboyante sur la durĂ©e, mais elle a Ă©tĂ© l’une des plus cohĂ©rentes Ă  protĂ©ger sa surface et Ă  rester dans le match.

Trois moments ont servi de charniĂšre, comme des clous plantĂ©s dans le mur de la campagne. D’abord, le 17 octobre 2023, Uruguay–BrĂ©sil 2–0 au Centenario: soirĂ©e de prestige et de validation, avec Darwin NĂșñez et NicolĂĄs de la Cruz comme estampilles. Ensuite, le 16 novembre 2023, Argentine–Uruguay 0–2 Ă  La Bombonera: victoire Ă  l’extĂ©rieur qui change la tempĂ©rature d’un vestiaire et installe une conviction. Enfin, le 5 juin 2025, Paraguay–Uruguay 2–0 Ă  AsunciĂłn: une dĂ©faite nette, tardive, qui rappelle que l’équilibre est parfois fragile et que l’Uruguay doit rester tranchant dans les matchs fermĂ©s.

La courbe globale dit beaucoup en une phrase: l’Uruguay a bĂąti sa qualification sur une dĂ©fense qui encaisse peu, et sur des pics de performance qui valent double quand ils arrivent dans les stades les plus hostiles. L’entrĂ©e au Mondial se fait donc avec une identitĂ© dĂ©jĂ  Ă©prouvĂ©e: pas besoin d’ĂȘtre parfait, mais obligation d’ĂȘtre solide, lucide, et capable de frapper juste.

Le chemin des éliminatoires

Le format CONMEBOL des qualifications est un marathon en aller-retour: dix sĂ©lections, une ligue unique, 18 journĂ©es, chacun affronte tout le monde deux fois. La logique est simple mais impitoyable: la rĂ©gularitĂ© pĂšse plus que les coups d’éclat, parce que l’altitude, les voyages et les sĂ©quences de deux matchs en quelques jours punissent vite les Ă©quipes qui n’ont qu’un plan A.

Dans ce cadre, l’Uruguay s’est installĂ© dans le peloton de tĂȘte sans s’acheter de confort. QuatriĂšme avec 28 points (7 victoires, 7 nuls, 4 dĂ©faites), il termine dans un bloc extrĂȘmement serrĂ©: Colombie 28, Uruguay 28, BrĂ©sil 28, Paraguay 28. La nuance se fait au dĂ©tail: l’Uruguay affiche +10 de diffĂ©rence de buts, identique Ă  la Colombie (+10) et au-dessus du BrĂ©sil (+7) et du Paraguay (+4). Dans une ligue oĂč la moindre soirĂ©e Ă  zĂ©ro peut coĂ»ter deux places, ce +10 raconte une sĂ©lection qui a rarement sombrĂ©.

Le premier acte a Ă©tĂ© dynamique, presque explosif. Le 8 septembre 2023, Uruguay–Chili 3–1: doublĂ© de NicolĂĄs de la Cruz, but de Federico Valverde, et un signal immĂ©diat. Quatre jours plus tard, l’Uruguay chute Ă  Quito (Équateur–Uruguay 2–1), mais la campagne ne se fissure pas: elle se structure. Le 12 octobre 2023, Colombie–Uruguay 2–2, puis le 17 octobre, Uruguay–BrĂ©sil 2–0: deux performances consĂ©cutives qui fixent un standard, surtout parce qu’elles prouvent que l’équipe peut rĂ©pondre Ă  des styles diffĂ©rents.

La sĂ©quence de novembre 2023 a Ă©tĂ© le cƓur narratif de la qualification. Gagner 0–2 Ă  La Bombonera contre l’Argentine (16 novembre 2023), puis enchaĂźner par un 3–0 contre la Bolivie (21 novembre 2023) au Centenario, c’est le type de double fenĂȘtre qui te met un casque sur la tĂȘte: tu peux ensuite traverser des pĂ©riodes moins inspirĂ©es sans que tout s’écroule. Darwin NĂșñez y a laissĂ© une trace Ă©paisse: but en Argentine, triplĂ© partiel contre la Bolivie, et cette sensation qu’il peut dĂ©cider d’un match Ă  lui seul, mĂȘme quand le match est moche.

Puis est venue la phase la plus paradoxale: une pĂ©riode oĂč l’Uruguay a surtout cessĂ© d’encaisser
 mais aussi de marquer. De septembre Ă  octobre 2024, quatre matchs, quatre scores qui serrent la gorge: 0–0 contre le Paraguay, 0–0 au Venezuela, 1–0 perdu au PĂ©rou, 0–0 contre l’Équateur. Sur ces quatre rencontres, l’Uruguay ne marque pas, et n’encaisse qu’un seul but. C’est Ă  la fois une force et un avertissement: la soliditĂ© protĂšge, mais elle ne remplace pas la capacitĂ© Ă  ouvrir un verrou.

Le match du 15 novembre 2024 contre la Colombie (Uruguay–Colombie 3–2) a alors agi comme une bouffĂ©e d’air. Il raconte un Uruguay capable d’un final de match Ă  haute tension: but trĂšs tardif d’Ugarte Ă  90+11’, aprĂšs une rencontre oĂč l’adversaire avait aussi trouvĂ© un but Ă  90+6’. Ce n’est pas seulement un match Ă  buts: c’est un match Ă  nerfs, et l’Uruguay l’a terminĂ© debout. Quatre jours plus tard, BrĂ©sil–Uruguay 1–1 Ă  Salvador, avec Valverde buteur: encore un point de prestige, encore un message de compĂ©titivitĂ© hors de la maison.

La derniĂšre ligne droite a Ă©tĂ© faite d’un mĂ©lange de coups d’arrĂȘt et de relance. Le 21 mars 2025, Uruguay–Argentine 0–1: dĂ©faite courte, presque typique d’un match oĂč la marge se mesure au millimĂštre. Le 25 mars 2025, Bolivie–Uruguay 0–0 Ă  El Alto: un nul qui se prend comme on prend un manteau contre le froid, sans discuter. Le 5 juin 2025, Paraguay–Uruguay 2–0: la dĂ©faite la plus « nette » du sprint, parce qu’elle combine un but encaissĂ© tĂŽt (13’) et un penalty en fin de match (81’). Mais l’équipe se remet debout le 10 juin 2025 avec Uruguay–Venezuela 2–0, puis finit en patron Ă  domicile: Uruguay–PĂ©rou 3–0 le 4 septembre 2025. La clĂŽture, le 9 septembre 2025, est un 0–0 au Chili: pas de feu d’artifice, mais une maĂźtrise du risque.

La lecture chiffrĂ©e, elle, est presque une photographie de la Celeste. Sur 18 matchs: 22 buts marquĂ©s (1,22 par match), 12 encaissĂ©s (0,67 par match). L’Uruguay n’a perdu que 4 fois, et quand il a perdu, c’était souvent par un but d’écart (Équateur 2–1, PĂ©rou 1–0, Argentine 0–1) — seule la dĂ©faite 2–0 au Paraguay sort de ce schĂ©ma. Cette capacitĂ© Ă  rester Ă  portĂ©e, mĂȘme dans les soirs moins inspirĂ©s, est un fil rouge.

Pour poser tout cela proprement, voici d’abord l’intĂ©gralitĂ© des matchs de l’Uruguay dans ces Eliminatoires.

Date Journée Adversaire Condition Résultat Buteurs Stade
8 septembre 2023 1 Chili Domicile 3–1 N. de la Cruz 38', 71', Valverde 45+2'; Vidal 74' Stade Centenario, Montevideo
12 septembre 2023 2 Équateur ExtĂ©rieur 1–2 Canobbio 38' Stade Rodrigo Paz Delgado, Quito
12 octobre 2023 3 Colombie ExtĂ©rieur 2–2 M. Olivera 47', NĂșñez 90+1' pen. Stade Metropolitano, Barranquilla
17 octobre 2023 4 BrĂ©sil Domicile 2–0 NĂșñez 42', N. de la Cruz 77' Stade Centenario, Montevideo
16 novembre 2023 5 Argentine ExtĂ©rieur 2–0 R. AraĂșjo 41', NĂșñez 87' La Bombonera, Buenos Aires
21 novembre 2023 6 Bolivie Domicile 3–0 NĂșñez 15', 71', VillamĂ­l c.s.c. 39' Stade Centenario, Montevideo
6 septembre 2024 7 Paraguay Domicile 0–0 Stade Centenario, Montevideo
10 septembre 2024 8 Venezuela ExtĂ©rieur 0–0 Stade Monumental, MaturĂ­n
11 octobre 2024 9 PĂ©rou ExtĂ©rieur 0–1 Stade Nacional, Lima
15 octobre 2024 10 Équateur Domicile 0–0 Stade Centenario, Montevideo
15 novembre 2024 11 Colombie Domicile 3–2 D. Sánchez c.s.c. 57', Aguirre 60', Ugarte 90+11'; Stade Centenario, Montevideo
19 novembre 2024 12 BrĂ©sil ExtĂ©rieur 1–1 Valverde 55' Arena Fonte Nova, Salvador
21 mars 2025 13 Argentine Domicile 0–1 Stade Centenario, Montevideo
25 mars 2025 14 Bolivie ExtĂ©rieur 0–0 Stade Municipal, El Alto
5 juin 2025 15 Paraguay ExtĂ©rieur 0–2 Stade Defensores del Chaco, AsunciĂłn
10 juin 2025 16 Venezuela Domicile 2–0 Aguirre 42', De Arrascaeta 47' Stade Centenario, Montevideo
4 septembre 2025 17 PĂ©rou Domicile 3–0 Aguirre 14', De Arrascaeta 56', Viñas 80' Stade Centenario, Montevideo
9 septembre 2025 18 Chili ExtĂ©rieur 0–0 Stade Nacional, Santiago

Et maintenant la table complĂšte, parce que c’est lĂ  que le contexte prend toute sa valeur: l’Uruguay n’a pas qualifiĂ© « en marge », il a survĂ©cu au coude-Ă -coude le plus dense.

Tableau des positions

Pos. Sélection Pts MJ V N D BP BC Diff
1 Argentine 38 18 12 2 4 31 10 21
2 Équateur 29 18 8 8 2 14 5 9
3 Colombie 28 18 7 7 4 28 18 10
4 Uruguay 28 18 7 7 4 22 12 10
5 Brésil 28 18 8 4 6 24 17 7
6 Paraguay 28 18 7 7 4 14 10 4
7 Bolivie 20 18 6 2 10 17 35 -18
8 Venezuela 18 18 4 6 8 18 28 -10
9 Pérou 12 18 2 6 10 6 21 -15
10 Chili 11 18 2 5 11 9 27 -18

Le dĂ©tail qui saute aux yeux, c’est le profil de l’Uruguay comparĂ© Ă  ses voisins directs. Colombie marque 28 mais encaisse 18; l’Uruguay marque moins (22) mais encaisse beaucoup moins (12). Le BrĂ©sil marque 24 et en encaisse 17; le Paraguay marque seulement 14 mais encaisse 10. Autrement dit, l’Uruguay est dans une zone intermĂ©diaire: plus de puissance offensive que le Paraguay, plus de maĂźtrise dĂ©fensive que la Colombie et le BrĂ©sil dans cette campagne prĂ©cise.

Autre lecture utile: domicile vs extĂ©rieur, parce que la CONMEBOL se gagne souvent dans la gestion des dĂ©placements. L’Uruguay Ă  domicile: 5 victoires, 2 nuls, 2 dĂ©faites, avec 16 buts marquĂ©s et 5 encaissĂ©s. À l’extĂ©rieur: 2 victoires, 5 nuls, 2 dĂ©faites, avec 6 buts marquĂ©s et 7 encaissĂ©s. C’est un Ă©cart clair, presque classique: l’Uruguay est nettement plus productif au Centenario, et Ă  l’extĂ©rieur il a souvent choisi la prudence, au point d’empiler des nuls 0–0 (Venezuela, Bolivie, Chili).

Ce profil n’est pas un dĂ©faut en soi; c’est une stratĂ©gie de points. Dans une ligue Ă  18 journĂ©es, additionner des « matchs sans dĂ©rapage » loin de la maison te garde en vie. Mais cela impose une condition: Ă  la maison, il faut convertir, et l’Uruguay l’a fait sur plusieurs rendez-vous (3–1 Chili, 2–0 BrĂ©sil, 3–0 Bolivie, 2–0 Venezuela, 3–0 PĂ©rou). Quand le Centenario produit, la qualification devient mathĂ©matique.

Comment ils jouent

L’Uruguay de cette campagne raconte une identitĂ© simple Ă  lire depuis les rĂ©sultats: prioritĂ© Ă  la structure, puis accĂ©lĂ©ration au moment juste. On ne voit pas une Ă©quipe qui « s’éparpille » dans des scĂ©narios fous; on voit une sĂ©lection qui accepte les matchs serrĂ©s, et qui essaie d’y introduire un ou deux gestes dĂ©cisifs. La preuve est brute: 12 buts encaissĂ©s en 18 matchs, soit moins d’un but par rencontre, et une diffĂ©rence de buts positive malgrĂ© une pĂ©riode longue sans marquer.

Son rythme, surtout, est celui des matchs Ă  marge courte. Sur 18 rencontres, l’Uruguay a fait 7 nuls, et beaucoup d’entre eux ont Ă©tĂ© des 0–0: Paraguay (domicile), Venezuela (extĂ©rieur), Équateur (domicile), Bolivie (extĂ©rieur), Chili (extĂ©rieur). Cinq 0–0, c’est une statistique qui dit une philosophie: ne pas se dĂ©sunir quand le match ne s’ouvre pas. Le revers est Ă©vident: ces soirĂ©es-lĂ , la moindre erreur te condamne. Et l’Uruguay a effectivement connu un 1–0 perdu au PĂ©rou et un 0–1 contre l’Argentine au Centenario, deux matchs oĂč un seul but a suffi Ă  le faire basculer du bon cĂŽtĂ© du point au mauvais.

Quand l’Uruguay gagne, en revanche, il sait parfois gagner largement. Il y a trois 3–0 (Bolivie, PĂ©rou, et aussi une sĂ©rie de clean sheets Ă  domicile), un 3–1 contre le Chili, et deux victoires de prestige 2–0 contre le BrĂ©sil et l’Argentine Ă  l’extĂ©rieur. Cela indique une chose: l’équipe est capable de transformer une soirĂ©e contrĂŽlĂ©e en soirĂ©e tranchĂ©e, surtout quand elle marque en premier. Dans cette campagne, encaisser tĂŽt a Ă©tĂ© rare; marquer tĂŽt, en revanche, a Ă©tĂ© un levier dans les matchs dominĂ©s (exemple: contre la Bolivie, NĂșñez marque Ă  la 15e; contre le PĂ©rou, Aguirre marque Ă  la 14e).

La rĂ©partition des buts donne une autre clĂ©, sans prĂ©tendre raconter une tactique prĂ©cise. Darwin NĂșñez apparaĂźt comme une signature directe: il marque contre le BrĂ©sil (42’), contre l’Argentine (87’), et met un doublĂ© contre la Bolivie (15’, 71’). NicolĂĄs de la Cruz marque deux fois contre le Chili et une fois contre le BrĂ©sil. Valverde marque contre le Chili et au BrĂ©sil. Aguirre marque contre la Colombie, le Venezuela et le PĂ©rou, avec des buts souvent placĂ©s Ă  des moments qui changent l’inertie (60’ contre la Colombie, 42’ contre le Venezuela, 14’ contre le PĂ©rou). Cela dessine une dĂ©pendance relative Ă  des cadres offensifs, mais pas une dĂ©pendance totale: l’Uruguay a plusieurs sources, et certains buts viennent de phases oĂč l’adversaire craque (contre-son-camp contre la Colombie, par exemple).

Les vulnĂ©rabilitĂ©s, elles, se lisent comme des zones de friction plutĂŽt que comme des effondrements. PremiĂšre zone: les matchs oĂč l’Uruguay ne marque pas. Sur la campagne, il y a au moins sept matchs sans but (les cinq 0–0, plus les deux dĂ©faites 1–0). Dans ces scĂ©narios, la sĂ©lection vit dans une piĂšce Ă©troite: elle ne peut plus compter sur une marge. DeuxiĂšme zone: la fin de match sous haute tension. Le 3–2 contre la Colombie est gagnĂ© Ă  90+11’ et encaissĂ© Ă  90+6’: c’est hĂ©roĂŻque, mais c’est aussi un rappel que la maĂźtrise Ă©motionnelle est un facteur Ă  part entiĂšre. TroisiĂšme zone: la rare dĂ©faite « sans dĂ©bat » au Paraguay (2–0). Elle indique qu’un adversaire capable d’imposer du rythme et d’obtenir des situations franches peut sortir l’Uruguay de son confort de match serrĂ©.

Au fond, l’Uruguay arrive avec un costume de sĂ©lection difficile Ă  battre, mais dont le plafond dĂ©pend de sa capacitĂ© Ă  transformer les phases neutres en sĂ©quences productives. Dans un Mondial, cela se traduit souvent par une question trĂšs concrĂšte: combien de minutes tu acceptes de jouer Ă  0–0 avant de prendre des risques. La campagne CONMEBOL montre que l’Uruguay sait attendre; le Mondial demandera aussi de savoir frapper.

Le groupe Ă  la Coupe du monde

Le Mondial propose Ă  l’Uruguay un Groupe H aux contours trĂšs lisibles: trois matchs, trois soirĂ©es de tempĂ©ratures diffĂ©rentes, et un fil rouge Ă©vident — l’efficacitĂ©. Le calendrier a une particularitĂ© presque scĂ©naristique: deux matchs Ă  Miami, mĂȘme stade (Hard Rock Stadium), avant de finir Ă  Guadalajara. Deux dĂ©cors, mais une mĂȘme exigence: dĂ©marrer fort sans se trahir, puis gĂ©rer la pression du classement.

Voici les trois rendez-vous tels qu’ils sont posĂ©s, sans brouiller la ligne: dates, villes, stades, adversaires.

Date Stade Ville Adversaire
15 juin 2026 Hard Rock Stadium Miami Arabie saoudite
21 juin 2026 Hard Rock Stadium Miami Cabo Verde
26 juin 2026 Stade Chivas Guadalajara Espagne

Le premier match, Arabie saoudite–Uruguay (15 juin 2026), ressemble au piĂšge classique d’ouverture: un match oĂč le favori supposĂ© a surtout quelque chose Ă  perdre. Pour l’Uruguay, la clĂ© sera de ne pas offrir un scĂ©nario Ă  rebondissements. Sa campagne CONMEBOL a montrĂ© qu’il sait verrouiller: 12 buts encaissĂ©s en 18 matchs. L’approche la plus cohĂ©rente est donc celle d’un match maĂźtrisĂ©, avec une attention particuliĂšre aux transitions qui te punissent quand tu te dĂ©couvres trop tĂŽt. Pronostic prudent: gagne Uruguay.

Le deuxiĂšme match, Uruguay–Cabo Verde (21 juin 2026), est celui oĂč l’Uruguay doit imposer ses conditions, sans tomber dans l’impatience. Dans les qualifications, la Celeste a alternĂ© des victoires nettes Ă  domicile (3–0 contre la Bolivie, 3–0 contre le PĂ©rou) et des 0–0 frustrants (Paraguay, Équateur). La leçon est claire: si l’ouverture ne vient pas, il faut continuer Ă  pousser sans casser l’équilibre dĂ©fensif. Pronostic en langage simple, sans excĂšs: gagne Uruguay.

Le troisiĂšme match, Uruguay–Espagne (26 juin 2026), est le match de statut et, potentiellement, de calcul. L’Uruguay a montrĂ© qu’il pouvait battre des gĂ©ants en match officiel dans cette campagne (2–0 au BrĂ©sil, 2–0 en Argentine). Mais il a aussi montrĂ© qu’un match qui se joue au millimĂštre peut le punir (0–1 contre l’Argentine au Centenario). Contre l’Espagne, l’Uruguay devra surtout ĂȘtre fidĂšle Ă  ce qui l’a amenĂ© lĂ : rester vivant, rester compact, et choisir ses moments. Pronostic: empate.

Un point important dans ce groupe, c’est la gestion du « score invisible »: le nombre de buts encaissĂ©s. L’Uruguay arrive avec un profil qui peut faire gagner des groupes sans faire de bruit. Cinq clean sheets 0–0, plus des victoires sans encaisser, indiquent une Ă©quipe capable d’empiler des matchs propres. Au Mondial, c’est parfois un raccourci vers la qualification: tu n’as pas besoin de marquer beaucoup si tu n’offres rien.

Mais attention Ă  l’autre face de la mĂ©daille: l’Uruguay a aussi connu des blocs de matchs sans but marquĂ©. Si le groupe bascule sur un match fermĂ© oĂč l’Uruguay doit absolument marquer, la sĂ©lection doit Ă©viter le scĂ©nario du PĂ©rou (dĂ©faite 1–0 Ă  Lima) ou celui du 0–1 contre l’Argentine au Centenario: des matchs oĂč tu as le sentiment que le premier but est aussi le dernier.

ClĂ©s de qualification pour l’Uruguay dans le Groupe H

  • Sortir du premier match avec un rĂ©sultat positif et, si possible, sans encaisser: l’Uruguay a construit sa campagne sur ce socle.
  • Marquer en premier quand l’occasion se prĂ©sente: les victoires les plus confortables sont venues avec des buts relativement tĂŽt.
  • Éviter de transformer un match neutre en match de nerfs: les 0–0 sont utiles, mais ils ne doivent pas devenir une dĂ©pendance.
  • Garder une marge Ă©motionnelle sur les fins de match: la campagne a montrĂ© des fins trĂšs tendues, parfois gagnĂ©es, parfois subies.

Opinion éditoriale

L’Uruguay arrive avec un paradoxe dĂ©licieux: une sĂ©lection qui ne donne pas toujours le spectacle, mais qui donne presque toujours une raison d’y croire. Son parcours CONMEBOL ne raconte pas une domination continue; il raconte une compĂ©tence rare, celle de rester debout. Et au Mondial, rester debout, c’est dĂ©jĂ  avoir une main sur la poignĂ©e de la porte des huitiĂšmes.

Ce qui me plaĂźt, c’est la cohĂ©rence d’un chiffre simple: 12 buts encaissĂ©s en 18 matchs. Dans un football de sĂ©lections oĂč les automatismes sont plus fragiles qu’en club, cette stabilitĂ© dĂ©fensive est une monnaie forte. Elle ne garantit rien, mais elle te laisse la possibilitĂ© d’un match dĂ©cisif sur un dĂ©tail, un corner, un penalty, un ballon qui traĂźne. Et l’Uruguay sait vivre dans ces matchs-lĂ .

La mise en garde est tout aussi concrĂšte, et elle est Ă©crite noir sur blanc dans le carnet de route: les pĂ©riodes sans but. Entre septembre et octobre 2024, quatre matchs, zĂ©ro but marquĂ©, et l’équipe a dĂ» s’accrocher Ă  sa structure pour ne pas glisser. Au Mondial, une sĂ©quence du mĂȘme type peut te laisser Ă  la merci d’un seul ballon perdu.

Si je devais accrocher un rappel dans le vestiaire, je choisirais une date et un match: 11 octobre 2024, PĂ©rou–Uruguay 1–0. Une seule action tardive (88’) a suffi Ă  renverser la soirĂ©e. L’Uruguay n’a pas besoin de devenir une Ă©quipe folle; il a besoin de rester une Ă©quipe dangereuse, mĂȘme quand le match est verrouillĂ©. Parce qu’au Mondial, le verrou, lui, ne s’ouvre pas toujours deux fois.